Hautes Terres d’Islande : liberté des pistes, contraintes d’un territoire extrême
Au centre de l’Islande, la route cesse d’être un simple moyen de transport. Les Hautes Terres forment une vaste région intérieure, largement inhabitée, composée de déserts de lave, de rivières glaciaires, de reliefs volcaniques et de glaciers. Les découvrir demande de choisir son itinéraire avec soin : une piste spectaculaire peut être longue, isolée et très dépendante des conditions du jour.
Comprendre le visage minéral des Hautes Terres
Avec plus de 40 000 km², les Hautes Terres islandaises couvrent une grande partie de l’intérieur de l’île. Le terme heiði désigne les Hautes Terres proprement dites, tandis que háls fait plutôt référence à une région montagneuse située entre de grandes vallées. Dans les deux cas, l’impression dominante est celle d’un espace ouvert, rude et presque vide.
Cette géographie résulte de la rencontre entre volcanisme, tectonique, glaciers et climat polaire. Située sur la dorsale médio-atlantique, l’Islande possède des champs de lave, des cratères et de vastes étendues de cendres façonnés par l’activité volcanique. Les glaciers, dont le Vatnajökull, le Langjökull, le Hofsjökull et le Tungnafellsjökull, alimentent les torrents et les fleuves chargés de sédiments.
La végétation est rare, car les sols poreux retiennent difficilement l’eau et les conditions climatiques restent sévères. Quelques zones verdissent près des cours d’eau, mais elles demeurent vulnérables à l’érosion et aux crues. L’alternance du noir volcanique, de l’ocre, du gris, de la glace et de la mousse donne à la région son caractère dépaysant.
Choisir un itinéraire selon les paysages recherchés
Les pistes des Hautes Terres ne proposent pas la même expérience. Certaines permettent une traversée entre glaciers, d’autres mènent vers des vallées géothermiques ou des massifs colorés. Le choix dépend du temps disponible, de l’aisance sur piste, du véhicule utilisé et de l’envie de marcher.
| Lieu ou itinéraire | Ce qui le distingue | Accès principal | Pour quel voyageur ? |
|---|---|---|---|
| Landmannalaugar | Montagnes colorées, champs de lave, sources chaudes et départs de randonnée | F208, puis environ 8 km depuis la jonction indiquée vers la réserve | Randonneur, photographe, première découverte marquante |
| Kjölur et Hveravellir | Plateau entre glaciers, géothermie, fumerolles et bains de boue | F35 entre Langjökull et Hofsjökull | Voyageur autonome prudent recherchant une traversée panoramique |
| Sprengisandur | Désert rocheux très isolé, immensité minérale et ambiance d’expédition | F26 entre Hofsjökull et Vatnajökull | Conducteur expérimenté et bien préparé |
| Askja | Univers volcanique, étendues désertiques et reliefs austères | Itinéraires intérieurs variables selon les conditions | Amateur de géologie et de paysages très sauvages |
Landmannalaugar, une première découverte très expressive
Landmannalaugar concentre plusieurs images emblématiques de l’Islande intérieure : rhyolite aux teintes changeantes, coulées de lave sombres, reliefs striés et eau chaude naturelle. Ce site mérite mieux qu’une courte halte. Même sans entreprendre un trek de plusieurs jours, prendre le temps de marcher permet de saisir son échelle et de s’éloigner de l’animation du parking.
Hveravellir et Sprengisandur, deux solitudes différentes
Hveravellir, sur la piste de Kjölur, révèle l’activité géothermique sous des formes très visibles : solfatares, fumerolles, geysers, sources chaudes et bains de boue. Sprengisandur, traversé par la F26, propose une expérience différente. Ce désert de pierres et de lave s’étend entre les masses glaciaires du Hofsjökull et du Vatnajökull. L’intérêt vient ici de la distance, du silence et de la sensation de traverser un paysage élémentaire.
F26, F35 et F208 : préparer l’accès sans sous-estimer les pistes
Les pistes F ne sont pas des routes ordinaires. Leur état évolue avec la météo, la fonte des neiges, les pluies, les crues et les travaux éventuels. Elles ne sont donc pas accessibles toute l’année, et leur ouverture varie selon les secteurs. Avant chaque départ, il faut vérifier les conditions de circulation et accepter de modifier son programme si elles se dégradent.
La F35, ou piste de Kjölur, traverse l’intérieur de l’île entre le Langjökull et le Hofsjökull. La F26 parcourt Sprengisandur dans un environnement plus isolé. La F208 dessert les environs de Landmannalaugar. Ces noms ne correspondent pas à un niveau de difficulté fixe. Une même piste peut présenter une physionomie très différente selon le moment, avec des ornières, des passages pierreux, de la boue ou des gués.
Un véhicule adapté est nécessaire pour s’aventurer dans ces secteurs, mais il ne remplace ni l’expérience ni le jugement. Les traversées de rivière demandent une attention particulière : la profondeur, le courant et la nature du fond changent rapidement. En cas de doute, ne pas traverser reste la décision la plus prudente. La couverture réseau, le ravitaillement et les services peuvent être limités. Il faut donc prévoir de l’eau, de la nourriture, du carburant, des vêtements chauds et une marge de temps.
Le terrain fournit aussi des indications utiles. L’eau trouble d’un torrent signale souvent une forte charge glaciaire. Des berges fraîchement remaniées rappellent la puissance des écoulements. L’absence de traces fiables doit inciter à ralentir plutôt qu’à « tester » le passage. Observer ces indices aide à adapter sa conduite et évite de confondre autonomie et précipitation.
Marcher dans les Hautes Terres : du sentier à l’itinérance
La randonnée donne accès à une dimension que la voiture ne peut offrir : les textures des laves, le bruit d’une fumerolle, les changements rapides de lumière sur les montagnes et la lenteur imposée par le relief. À Landmannalaugar, des sorties à la journée permettent déjà de découvrir les environs. Pour une immersion plus complète, le Laugavegur relie Landmannalaugar à Þórsmörk et reste le sentier le plus célèbre du pays.
Le Laugavegur, un trek à préparer comme une traversée
Le Laugavegur n’est pas une simple succession de panoramas. Il traverse des terrains exposés, parfois humides, pierreux ou glissants, où le vent et la pluie peuvent changer rapidement l’ambiance. Des chaussures de randonnée robustes, imperméables et dotées d’une semelle adhérente comptent davantage qu’un équipement ultraléger. Prévoyez aussi plusieurs couches chaudes, une veste imperméable, un sac à dos équilibré, une gourde et une lampe frontale.
Un voyage accompagné convient particulièrement aux personnes peu habituées à l’orientation en milieu isolé, aux gués ou à la logistique des refuges. L’accompagnement permet de se concentrer sur la marche et l’observation du terrain. L’autonomie s’adresse plutôt aux randonneurs expérimentés, capables d’adapter leur itinéraire, de gérer une météo changeante et de renoncer si les conditions l’exigent.
Voyager sans laisser de trace durable
Dans les Hautes Terres, la règle la plus importante est simple : ne jamais quitter les pistes en véhicule. Les traces de pneus peuvent endommager durablement les sols fragiles et la végétation rare. Hors des zones aménagées, il faut aussi rester sur les sentiers lorsque cela est demandé, emporter ses déchets et éviter de perturber les zones géothermiques.
La prudence concerne également les phénomènes naturels. Des éruptions sous-glaciaires peuvent provoquer des jökulhlaup, des crues glaciaires soudaines et puissantes. Cette réalité ne doit pas conduire à dramatiser chaque déplacement, mais elle rappelle qu’un itinéraire n’est jamais figé dans une région dominée par la glace, l’eau et le feu. Les Hautes Terres se découvrent pleinement en acceptant leur rythme : observer, s’informer, prévoir large et renoncer lorsque les conditions l’imposent.
Voir aussi
État des routes en Islande : fermetures, routes F et météo routière. Filtrez les tronçons par numéro de route et par région avant votre départ.




